Sœur du lied, la mélodie française en partage les thèmes de prédilection et les moyens d’expression tout en relevant d’un imaginaire différent. Elle privilégie l’épure, la concision – Honegger ose vingt-trois mesures pour sa « chanson de la poire » – et la peinture d’atmosphère – ici perceptible à la moiteur des Serres chaudes ou aux irisations de la « chanson des sirènes ». Elle oscille entre vagabondage dans les arcanes de la langue française et rêverie sur les teintes du désenchantement : alors que « fauve las » se prélasse sous un « ciel morne et sans couleur » (Chausson), et « que lentement passent les heures », les fleurs poussent ici « dans le jardin / où dort la mélancolie » (Honegger), tandis que les citadins attendent dans la solitude « des rues froides » et des « chambres noires » (Poulenc).